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Conséquence du vieillissement de la population : un cas de démence toutes les 5 minutes au Canada

Les 7 et 8 octobre prochain, l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal présentera, à l’auditorium Émilie-Gamelin, le colloque de gérontopsychiatrie Démence et souffrance psychique : une dyade souvent oubliée en présence de Mme Marguerite Blais, ministre responsable des aînés du gouvernement du Québec. 


Le défi à relever…

Le vieillissement de la population et les prévisions alarmantes quant à l’augmentation fulgurante du nombre d’individus qui souffriront de « démence » dans les années à venir, forcent, d’ors et déjà, les systèmes de santé et les gouvernements à faire face à ce défi majeur de santé publique. Dans son rapport Raz-de-marée : Impact de la maladie d’Alzheimer et des affections connexes au Canada, la Société Alzheimer du Canada avance des chiffres qui donnent froid dans le dos.  En 2008 – on dénombre 103 700 nouveaux cas, soit un cas toutes les 5 minutes. En 2038 ce sera 257 800 nouveaux cas, soit un cas toutes les 2 minutes. Les coûts astronomiques des maladies de type neurodégénératives doublent tous les dix ans et atteindront 153 milliards de dollars en 2038.

« Les gouvernements de l’Australie, du Royaume-Uni, de la France et de certains autres pays d’Europe ont déjà élaboré des plans d’action pour gérer cette crise annoncée mais ce n’est pas encore le cas ici » souligne la Dre Nathalie Shamlian, instigatrice du colloque, présidente du comité de gérontopsychiatrie du Département de psychiatrie de l’Université de Montréal (UdeM) et également chef du Service de gérontopsychiatrie de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

Pour l’instant, quand on annonce à un usager « vous avez une démence » c’est la confusion qui règne. Les familles se sentent vulnérables et démunies car les soins à domicile et les soins prolongés dans les institutions ne répondent pas à la demande faute de budget et de personnel qualifié. En l’absence d’une infrastructure de soins spécialisés, le sentiment d’impuissance des médecins et des professionnels de la santé augmente d’autant plus que les traitements et la prise en charge du patient sont extrêmement complexes.  Les initiatives locales sont le fruit d’équipes dévouées mais souvent sans ressources.  

La gérontopsychiatrie : une discipline en émergence

La gérontopsychiatrie étudie les troubles de santé mentale apparus tardivement et dont les évolutions pathologiques sont compliquées en raison de l'âge avancé de l’individu. Les problèmes soulevés par les troubles anxieux, dépressifs et bipolaires, par les handicaps physiques, par la polymédication ou encore par le suicide, ne peuvent être abordés de la même manière chez les aînés dont la souffrance est difficile à saisir.  La gérontopsychiatrie s’occupe également des manifestations psychiatriques et comportementales reliées aux maladies dégénératives telles que l’Alzheimer et le Parkinson.

Il va donc falloir beaucoup de détermination et de passion pour consolider les bases de cette nouvelle discipline que le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada vient tout juste de reconnaître.  Les psychiatres qui s’intéressent à cette pratique, encore embryonnaire et peu structurée, sont rares. Actuellement, on compte moins de 20 gérontopsychiatres rattachés à l’UDM qui dispensent de la formation dans les hôpitaux de la métropole. La nécessité d’une volonté politique ferme doit non seulement s’incarner dans l’établissement d’une infrastructure de soins spécialisés mais également dans les effectifs que les universités et le Ministère de la santé et des Services sociaux (MSSS) consacreront à cette spécialité. « Cette discipline doit être promue auprès des étudiants, on doit instituer une formation continue, définir des axes de recherche et créer des liens entre chercheurs et cliniciens. » souligne la Dre Shamlian. 

Toutefois, la pluridisciplinarité des équipes de l’Hôpital du Sacré-Cœur qui effectuent des visites à domicile ou dans les établissements de soins de longue durée permet de compenser la faiblesse des effectifs et de, malgré tout, offrir des services de qualité. Outre le gérontopsychiatre, il y a le médecin de famille, l’infirmière, le neurologue, le neuropsychologue, l’ergothérapeute, le physiothérapeute… En 2004, la Dre Shamlian fondait d’ailleurs la clinique de la mémoire de l’HSCM, une clinique qui offre au patient et à son entourage des outils d’adaptation et qui constitue une ressource pour les intervenants de première et deuxième lignes.

Le colloque…

La soirée d’ouverture du 7 octobre est consacrée au grand public.
L’écrivain Jacques Boulerice témoignera de son rôle d’aidant. Dans son livre Alice au pays de l’Alzheimer, il raconte comment il a accompagné sa mère tout au long de la maladie. 

Le Dr Arthur Amyot, un des grands bâtisseurs de la psychiatrie au Québec et qui a reçu, en 2008, le prix Heinz E. Lehmann pour son activité humanitaire auprès des malades, parlera quant à lui de l’importance de se doter d’un espace psychique, c’est-à-dire de se donner le temps de la réflexion et de ne pas bousculer les choses face aux conséquences de la maladie : le deuil d’une vie, la relocalisation, le nouveau mode de fonctionnement, etc.

La journée du 8 octobre sera consacrée aux présentations et aux ateliers d’éminents spécialistes tels que :

  • le Dr Clément Pinquier, praticien et chef de l’unité d’hospitalisation du Service de psychiatrie de l’Hôpital Charles Foix, en France,
  • le Dr Benoît H. Mulsant, praticien et professeur au Département de psychiatrie de l’Université de Toronto,
  • le Dr Alain Robillard, neurologue, spécialiste de la maladie d’Alzheimer et directeur de la clinique de la mémoire à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. 

Les thèmes abordés seront multiples. Comment reconnaître et soigner la souffrance psychologique dans la démence?  Comment traiter les troubles du comportement? Quels sont les enjeux de l’inaptitude ou de l’agressivité du sujet âgé? Quels sont les traitements de l’avenir?  Quelles approches pour les soins infirmiers?

Ce colloque est une occasion de réfléchir aux enjeux individuels et collectifs certainement peu banaux pour un peuple dont la devise est « Je me souviens ».  Toutefois, une chose est sûre : de part sa compréhension des enjeux psychiques liés au drame de devenir « dément » et avec le développement de thérapies spécifiques, la gérontopsychiatrie enrichit l’expérience humaine et clinique.

Pour information et entrevues avec la Dre Shamlian ou autre médecin spécialiste du colloque :
Laure Moureaux, Service des communications, Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal
514 338-2222, poste 3248


 

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