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Santé et industrie automobile
Le dépistage de l’asthme professionnel double le taux de guérison et réduit les coûts socio-économiques

Dix pour cent des Québécois souffrent d’asthme, soit près de 800 000 personnes. Et pour 10 % d’entre eux, leur milieu de travail en serait la cause. Une vaste étude effectuée chez près de 3 000 travailleurs de l’industrie automobile à travers le Québec a démontré qu’un programme de surveillance médicale des travailleurs à risque permet de guérir 34 % des personnes chez qui on a diagnostiqué l’asthme professionnel, comparativement à 16 % chez les travailleurs asthmatiques n’ayant pas eu accès à un tel programme, et ce, deux ans après l’arrêt de l’exposition à l’agent allergène, plus précisément les diisocyanates.

De plus, les personnes dépistées grâce à un tel programme présentent des symptômes moins sévères, au moment du diagnostic ainsi que deux ans après l’arrêt de l’exposition à l’agent allergène, révèle l’étude de la Dre Manon Labrecque, pneumologue et chercheuse au Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM).

Les diisocyanates sont des composés largement utilisés dans plusieurs industries, dont celle de l’automobile, notamment dans les peintures pour carrosserie. Ils sont l’une des principales causes de l’asthme professionnel, toutes industries confondues, avec la farine.

Des mesures simples qui réduisent les coûts socio-économiques

En plus de faire la preuve des bienfaits pour la santé des travailleurs, l’étude démontre que de simples mesures d’information et de surveillance, peu coûteuses, permettent de réduire les coûts d’indemnisation. En effet, on a constaté que le coût médian d’indemnisation des personnes dépistées à l’aide du programme est nettement moins élevé, soit de 11 900 $, alors qu’il est de 19 600 $, chez le groupe n’ayant pas bénéficié d’un programme.

Selon la Dre Labrecque, également professeur agrégé au Département de médecine de l’Université de Montréal, ces coûts ne représentent qu’une fraction des coûts socio-économiques réels : « Il faut aussi tenir compte des coûts dus au retrait du travailleur du milieu d’exposition, au recours aux services de santé et aux médicaments, à la réhabilitation au travail ou encore à l’incapacité de travailler. »

Concrètement, le programme reposait simplement sur une séance d’information s’adressant aux travailleurs au sujet des risques liés à l’exposition aux diisocyanates ainsi que la distribution d’un court questionnaire d’autoévaluation volontaire. À la lumière de leurs réponses, les travailleurs présentant des signes potentiels d’asthme
professionnel étaient alors dirigés vers une ressource médicale pour une évaluation plus approfondie en vue d’un diagnostic.

Un outil pour maximiser la prévention

Pour la Dre Labrecque, de tels programmes sont bénéfiques et complémentaires aux autres mesures préventives en milieu de travail. « Même s’il a été démontré que la prévention primaire permet de réduire l’incidence de l’asthme professionnel, on constate que ce problème demeure relativement fréquent au sein de plusieurs industries. Ce type de programme de surveillance en milieu de travail représente un outil additionnel, très peu coûteux, dont devraient se munir les industries où l’asthme professionnel est fréquent. »

La chercheuse estime également que la surveillance doit être régulière, par exemple sur une base annuelle, ce qui permet de déceler plus précocement les signes d’asthme professionnel. « Plus tôt on diagnostique l’asthme professionnel, moins grandes seront les séquelles bronchiques permanentes chez le travailleur, donc plus grandes seront ses chances de guérison », insiste-t-elle.

À propos de l’étude

L’étude de la Dre Labrecque, intitulée Medical surveillance program for diisocyanate exposure, a été publiée récemment dans la revue scientifique Occupationnal and Environmental Medecine, une publication du British Medical Journal.

Manon Labrecque, J.L. Malo, K. Alaoui, K. Rabbi. Medical surveillance program for diisocyanate exposure. Occupationnal and Environmental Medecine, 2011; 68 : 302-307.

Source :
Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal

Renseignements :
Véronique Allaire
Service des communications
Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal
514 338-2222, poste 2473
veronique.allaire.hsc@ssss.gouv.qc.ca

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