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La confusion aigüe : pas de confusion possible

Vivre un épisode de confusion aigüe est une expérience terrible et douloureuse pour la personne et pour son entourage. Subitement, le monde devient effrayant, rempli de fausses perceptions. L’anxiété est à son paroxysme, le discours est incohérent et les proches sont décontenancés : qu’arrive-t-il? Le noyau familial est fragilisé et désorganisé.

L’état de confusion aigüe est fréquent en milieu hospitalier. Généralement, il est temporaire et réversible. Du moins, quand il est détecté à temps! « Plus vite on trouve les causes de cette confusion, plus vite on peut agir et en prévenir les conséquences négatives. Or, les causes d’un état de confusion aigüe sont multiples : cela peut être dû à une infection, à une réaction médicamenteuse, à l’immobilité, à la déshydratation, à un problème neurologique ou psychiatrique etc. », explique Mme Louise Bélanger, inf. M.Sc., conseillère clinicienne en soins infirmiers à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.
Ce sont les personnes âgées de 70 ans et plus, celles qui viennent de subir une chirurgie majeure, celles qui sont hospitalisées aux soins intensifs ou encore celles qui se trouvent en fin de vie qui sont les plus susceptibles de présenter ce syndrome. Autant dire, 25% de la clientèle hospitalisée à l’HSCM!

Pour Mme Bélanger, il y a urgence d’agir, car « l’état de confusion aigüe est une problématique coûteuse pour la personne atteinte et sa famille, pour l’établissement et le réseau de la santé. Ce syndrome augmente l’intensité des soins, la durée du séjour et l’utilisation des services de réadaptation et peut provoquer, dans certains cas, la mort. Il doit être considéré comme une priorité de soins », dit-elle. En tout cas, c’est devenu sa priorité, elle qui lance, actuellement, une série de formations à l’attention du personnel infirmier et hospitalier de l’HSCM. Le contenu de ce programme de soins repose sur des résultats probants de recherche.

Formées pour dépister, évaluer et intervenir

Le dépistage d’un état de confusion aigüe est éminemment du ressort des membres de l’équipe de soins infirmiers qui passent plus de temps au chevet des malades donc à même de repérer les changements cognitifs (état de conscience, attention, discours) chez ces derniers. Bien que l’état de confusion aigüe soit un syndrome relativement simple à reconnaître et que le personnel infirmier soit formé, il arrive que certaines personnes croient qu’il soit normal qu’une personne âgée présente des troubles cognitifs. Dans ce cas, le personnel soignant ne considère pas la situation comme une urgence!
C’est pourquoi, dans ses formations, Mme Bélanger fait la distinction entre divers types de confusion (Un état de confusion aigüe n’est pas un état cognitif normal pour une personne âgée. Ce n’est pas non plus une démence ;). Elle tente d’identifier les croyances véhiculées (par exemple : seuls les médicaments peuvent aider la personne âgée confuse); ceci a pour effet d’en démystifier les aspects et de développer des habiletés d’intervention chez les infirmières et les autres membres de l’équipe.

Car, il est un point essentiel : pour toute personne âgée de 70 ans et plus, et hospitalisée, une surveillance de l’état cognitif doit être effectuée par les membres de l’équipe de soins. Tout changement doit être signalé à l’infirmière. Grâce aux formations de Mme Bélanger, ces dernières sont outillées à distinguer l’état cognitif normal, la confusion chronique et la confusion aigüe et à évaluer avec précision une personne quand la confusion apparaît.
Mais que fait-on pour aider la personne et sa famille? C’est en mettant en place, rapidement, un environnement de soutien interpersonnel, physique et sensoriel que le personnel peut prévenir, traiter et soigner un état de confusion aigüe. C’est donc à un travail d’équipe qu’appelle cette approche novatrice. En effet, les interventions préconisées, visant l’équilibre physiologique, le confort et la sécurité du patient, concernent aussi bien les préposés aux bénéficiaires que les infirmières et les membres de la famille. La clé du succès réside dans une communication thérapeutique avec le patient et sa famille. Dans le plan de soins infirmiers, des interventions concernant la gestion de la douleur, le maintien de l’autonomie et de la mobilité de la personne hospitalisée, l’assistance pour l’alimentation et l’hydratation et une gestion non pharmaceutique du sommeil sont préconisées. Il est important de savoir que, dans certaines recherches scientifiques, ces interventions, qui relèvent principalement de l’équipe de soins infirmiers, permettent de diminuer l’incidence de la confusion aiguë, tel le delirium, ou d’en diminuer la durée et l’intensité.

Mme Bélanger, inf. M.Sc., souhaite aller plus loin dans la connaissance de ce syndrome et entreprend des recherches doctorales à l’automne 2008. Grâce à une bourse de recherche du GRISISM (Groupe de recherche interuniversitaire en sciences infirmières de Montréal), Mme Bélanger va poursuivre son projet de recherche en développant un programme d’enseignement pour les infirmières travaillant auprès de personnes âgées à risque de présenter des signes de confusion aiguë. Il s'agira de mesurer les effets de ce programme sur les infirmières, les personnes hospitalisées et leur proche-aidant. L'objectif est de développer une formation à l'attention du personnel soignant qui visera à implanter le programme de soins élaboré, ces dernières années, par Mme Bélanger.

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